D'hier à aujourd'hui, les contes sont transmis pour rire, grandir et se souvenir…

Calendrier de l’Avent 2019

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Marenka

(conte populaire russe - adapté par Mélanie Gordon)

 

Il était une fois une petite fille qui s’appelait Marenka. Elle habitait dans une petite maison à l’orée de la forêt avec son grand-papa et sa grand-maman.

C’était bientôt Noël, les chemins et les toits des maisons étaient recouverts de neige, et les cheminées fumaient de tout le bois qu’on leur donnait à manger.

Tous les après-midis après l’école, Marenka s’agitait dans la cuisine. Il y en avait des choses à faire pour préparer des biscuits : casser les œufs, rajouter le sucre, le beurre, le lait, la farine, tout mélanger, pétrir la pâte, étaler, faire les formes et surtout, les décorer ! Avec du sucre glace, du chocolat, des petites étoiles dorées, des petits cœurs argentés et de la poudre d’or même parfois…

De la cheminée et des fenêtres ouvertes de la maisonnette s’échappaient des odeurs, mais des odeurs… ça sentait si bon les biscuits que les oiseaux, les écureuils et les lapins sortaient de leurs cachettes et s’approchaient tout près de la maison en se léchant les babines… Que les biscuits qui refroidissaient sur le rebord de la fenêtre avaient l’air bon ! Trop occupée, Marenka ne se doutait même pas qu’elle était observée par les petits animaux. Les petits, et un gros aussi… Un gros plein de poils, avec des pattes velues, des dents pointues et une grosse voix.

Un après-midi, alors que Marenka était sortie pour aller chercher du bois pour le feu, une grosse patte poilue l’a attrapée et soulevée de terre. Elle aurait aimé crier, mais elle était secouée dans tous les sens, coincée contre un flanc plein de poils qui ne sentait vraiment, mais alors vraiment pas bon. Elle avait le cœur qui battait si vite, si fort, qu’elle a fermé les yeux.

Et au bout d’un long moment, elle a été reposée sur le sol, et elle a ouvert les yeux. Elle était loin du village, loin de sa maison, bien après la forêt. Elle était dans la montagne, dans l’entrée d’une grotte. Et devant elle. Un gros plein de poils avec des pattes velues et des dents pointues… Un ours !

- Ah ben, je suis bien content de t’avoir attrapée ! lui a dit l’ours de sa grosse voix. L’odeur de tes biscuits m’a chatouillé le bout du nez et m’a réveillé de mon long sommeil d’hiver. Et j’ai faim ! Tu vas me faire des biscuits !

L’ours a poussé un de ces grognements d’ours si grognon et si fort que tout son souffle est arrivé au visage de Marenka. Elle s’est dit qu’il valait mieux ne pas le contrarier cet ours-là, et elle est entrée dans la grotte. Elle en est vite ressortie !

- Non mais quand même l’ours, t’as vu ta grotte ? Comment veux-tu que je fasse des biscuits moi là-dedans ? Allez hop, prends le balai là et tu m’aides !

On ne lui avait jamais parlé comme ça, à l’ours… Il a été tout surpris. Il a pris le balai sans grogner et il l’a suivie. Marenka a commencé à ranger, à nettoyer, elle montrait à l’ours, là les pives, là les brindilles, là le miel qui colle…

- Non mais l’ours, vraiment, ce n’est pas possible un tel chenit. Pis ça l’ours ! Ça ! Il faut faire ça dehors, derrière un arbre, discrètement, pas dans ta grotte, pas là où tu dors ! Allez hop hop hop, nettoie, range, balaie.

L’ours a nettoyé, rangé, balayé… Et un peu grogné.

Une fois la grotte toute propre, Marenka s’est activée comme si elle était dans sa cuisine. L’ours avait trouvé tout ce qu’il fallait et très vite, cela a commencé à sentir bon les biscuits. Tellement bon que l’ours a voulu goûter, le beurre, le sucre, les biscuits chauds…

- Eh oh ! Pas touche l’ours ! Non mais t’as vu tes pattes ? On se lave les pattes avant de manger, hop, va à la rivière laver tout ça et tu auras un biscuit quand tu montreras pattes propres.

Hum… On ne lui avait jamais ordonné de se laver les pattes à l’ours…. Il est parti à la rivière en bougonnant et en rouspétant. Quand il est revenu les pattes toutes propres, il a mangé un biscuit, et un deuxième, et un troisième…

- Oh non! ça suffit l’ours ! Tu ne vas quand même pas tout manger ? Ces biscuits ne sont pas pour toi ! Je vais les mettre dans cette grosse hotte que j’ai trouvée au fond de ta grotte et je vais vite aller les porter à mes grands-parents, je t’en ferai d’autres à mon retour. Reste là et attends-moi.

On ne lui avait jamais donné autant d’ordres en aussi peu de temps à l’ours ! Il a commencé à grogner, à rugir de sa voix d’ours qu’il était encore chez lui et que c’est lui qui décidait, non mais ! C’est lui qui irait déposer la hotte devant la porte de la maison. Elle, elle allait rester-là et continuer à faire des biscuits. C’était comme ça !

- Si tu veux…. Mais je te préviens l’ours, pas touche aux biscuits… Je le saurais si tu en manges ne serait-ce qu’un… Va mettre tes bottes, je prépare la hotte. Et ne traîne pas en route !

En grognant de plus belle, l’ours est sorti de la grotte et a mis ses bottes. Quand il s’est retourné, la hotte était posée à côté de lui. Il l’a mise sur le dos et il s’est éloigné en direction du village en marmonnant.

- Comme ça sent bon les biscuits…. Et si j’en prenais juste un ? Elle n’en saurait rien !

L’ours a passé une patte dans son dos, l’a glissée dans la hotte et juste à ce moment il a entendu…

- Je vois tout, j’entends tout, tu ne mangeras rien du tout !
- Ah la coquine, elle doit me surveiller depuis l’entrée de la grotte ! s’est dit l’ours

Arrivé dans la forêt, l’ours commençait à saliver, cette odeur de biscuit, qui flotte là juste sous son nez… il a regardé à gauche et à droite, personne, pas le moindre petit animal, alors l’ours a repassé sa patte dans son dos, l’a glissée dans la hotte et juste à ce moment…

- Je vois tout, j’entends tout, tu ne mangeras rien du tout !
- Ah la maligne, elle a dû monter dans un arbre devant la grotte et elle me voit encore…. Grrrrr…

L’ours s’est mis à marcher plus vite. Il n’en pouvait plus. La hotte était lourde, son ventre gargouillait, des biscuits, il en voulait ! Alors il passé les deux pattes derrière son dos, les a glissées dans la hotte et juste à ce moment…

- Je vois tout, j’entends tout, tu ne mangeras rien du tout !
- Ah la sorcière, mais comment fait-elle ?

Et l’ours s’est mis à courir, énervé, fatigué, affamé. Il est arrivé à l’orée de la forêt, a posé brusquement la hotte devant la porte de la petite maison des grands-parents, a fait demi-tour et a repris le chemin de sa grotte en courant, en soufflant et en transpirant comme seuls les ours savent le faire !

Si l’ours s’était retourné… Il aurait vu… Il aurait vu le couvercle de la hotte se soulever. Il aurait vu quelques biscuits tomber sur le sol. Et surtout, il aurait vu Marenka sortir de la hotte, ouvrir la porte et se blottir dans les bras de sa grand-maman…

Un peu plus tard, depuis la fenêtre ouverte de la maisonnette, Marenka et ses grands-parents ont entendu un rugissement. C’était le rugissement d’un ours grognon et affamé qui venait de se rendre compte qu’il s’était vraiment fait berner… Marenka n’était plus là, et elle ne lui avait laissé que trois biscuits… en plus des tous petits !

Depuis ce jour, Marenka laisse parfois une assiette de biscuits tout chauds dans la forêt, pas très loin de la grotte de l’ours (mais pas trop près non plus !) avec un petit mot : « lave-toi les pattes avant de les manger ! ». Et sur le chemin du retour, elle entend l’ours rire et se régaler.

 

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HAÏKUS DE L’AVENT

(par Caroline Moinat)

 

Les joues qui picotent

Fumée au-dessus des toits

Et demain, la neige ?

***

Mains dans la farine

Parfums d’épices en cuisine

Sourires gourmands

***

Rues qui scintillent

Silhouettes qui s’agitent

Plus que quelques jours…

***

Autour de la table

Chaleur des rires et des voix

Il ne manque rien

***

Au pied du sapin

Boules de papiers froissés

Le chat fait la sieste

 

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Enfin un conte à écouter !

(raconté par Stephanie Marsh)

 

 

Joyeux Noël !

Les histoires sont des cadeaux qui se préparent...

Enfin un conte à écouter !

(raconté par Mélanie Gordon)

 

 

Un conte à écouter !

(raconté par Stephanie Marsh)

 

 

L'arbre de Noël

(d’après une légende estonienne adaptée par Caroline Moinat)

C’était il y a bien longtemps… du temps où les arbres parlaient encore ! Et à cette époque d’ailleurs, quel brouhaha dans la Forêt, car les arbres sont vraiment de sacrés bavards ! Ils se racontent les derniers potins, échangent les nouvelles de cousins éloignés, parlent du temps qu’il fait bien sûr, et se chamaillent sur toutes sortes de questions futiles… Mais leur sujet de conversation préféré, c’est les hommes.

Eh oui, car tous les dimanches, les arbres de la forêt reçoivent la visite tant attendue de ces lointains compagnons de la Ville, qui viennent se balader parmi eux pour se détendre d’une longue semaine de travail. C’est le seul moment où les arbres se taisent, tout absorbés dans leur contemplation de ces êtres de petite taille, à l’allure saugrenue. Les arbres adorent entendre les hommes parler de la Ville, ils rêvent d’ailleurs tous de pouvoir un jour aller la voir de leurs propres yeux, tout en sachant que c’est impossible. Et lorsque les hommes repartent le soir, les arbres reprennent leur bruyant bavardage pour partager tout ce qu’ils ont vu et entendu, chacun prétendant connaître mieux que son voisin tout ce qui concerne les hommes et la Ville.

Un jour, au début de l’automne, un Ange descend du ciel pour rendre visite à l’Esprit de la Forêt. L’Ange trouve triste que les gens de la Ville n’aient pas d’arbres chez eux, il désire offrir aux hommes, comme cadeau de Noël, le plus bel arbre de tous et il demande à l’Esprit de la Forêt de l’aider à le choisir. L’Esprit aimerait bien rendre ce service à l’Ange, bien sûr, mais pour lui tous les arbres sont pareillement beaux, ils sont ses enfants et il les aime tous autant les uns que les autres, pas moyen d’en préférer un !

L’Ange décide alors de s’adresser directement aux arbres, pour qu’ils lui désignent eux-mêmes qui est le plus beau d’entre eux. Mais comme tous rêvent de se rendre en ville, chacun désire être choisi et refuse d’en désigner un autre que lui-même ! L’Ange, dépité devant la mauvaise volonté des arbres, annonce qu’il reviendra quelques semaines plus tard et décidera à ce moment-là quel arbre est le plus digne d’être offert aux hommes.

Le départ de l’Ange est suivi d’une intense agitation dans la Forêt : en attendant son retour, tous les arbres se préparent, nettoient leurs racines, taillent leurs petites branches mortes, font briller leurs feuilles… chacun se met sur son 31 pour mettre toutes ses chances de son côté ! Le frêne a l’idée de donner à son feuillage habituellement vert une teinte un peu plus jaune, il est immédiatement imité par le chêne qui choisit l’orange, puis par l’érable en rouge, et le châtaigner réussit même à couvrir ses feuilles d’or !

Quelques semaines plus tard, lorsque l’Ange revient dans la Forêt, il est véritablement ébloui par cette multitude de couleurs éclatantes, de formes originales, d’odeurs délicieuses de mousse et d’épices. Les arbres sont tous plus somptueux les uns que les autres, comment en choisir un seul ? Mais à y regarder de plus près, l’Ange commence à hésiter… il y a un long voyage à faire jusqu’en ville : les vêtements délicats des arbres y résisteront-ils ? Les arbres ne voient vraiment pas pourquoi l’Ange se pose des questions : tous se bousculent autour de lui, protestent à hauts cris et jurent que leur feuillage est bien assez solide pour supporter le voyage ! Mais voilà qu’une violente bourrasque traverse la forêt, mettant d’un coup tous les arbres à nus. Ils se regardent les uns les autres, stupéfaits ! L’Ange est atterré : impossible d’emmener qui que ce soit en Ville dans cet état !

C’est alors qu’il remarque un arbre resté en retrait, le seul à avoir résisté à l’attaque du vent : le sapin, ce vieux bourru moins coquet que les autres, a décidé de garder le robuste manteau d’aiguilles vertes qu’il porte d’ordinaire, il se trouve très bien comme ça et n’a que faire de toute cette frénésie vestimentaire ! L’Ange n’est pas totalement convaincu mais il n’a pas vraiment le choix… il prend alors la direction de la Ville en emportant avec lui le sapin.

Les hommes, moins difficiles que l’Ange et ravis de ce cadeau, ont réservé un fabuleux accueil au sapin ! Ils ont dansé et chanté autour de lui, l’ont paré de pommes de pins, de biscuits en forme de cœurs, de rubans colorés et de bougies scintillantes. L’Ange a ajouté sa petite touche personnelle en chipant une étoile du ciel qu’il a installée au sommet du sapin. Il s’est avéré que celui-ci, tout fier de ses nouveaux atours et tout heureux de profiter de la compagnie des humains, n’était finalement pas si bourru ni dépourvu de coquetterie. Et depuis ce temps, il ne s’est jamais fait prier pour revenir chaque année, à Noël, illuminer les foyers des hommes de la Ville…

 

 

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